Un cheval respire vingt fois par minute au repos, quarante-mille fois par jour, toujours au même endroit : son box. Rien à voir ici avec l’éclat d’une robe bien pansée, cette bataille-là se joue dans l’air, invisible à l’œil nu. Poussière fine, ammoniac issu des litières souillées, spores de moisissures logées dans le foin : ces trois adversaires abîment les voies respiratoires sans jamais prévenir. Jusqu’à 80 % des chevaux souffriraient d’un asthme léger à modéré lié à une exposition aussi constante, selon les données compilées par Mad Barn, et la plupart des propriétaires ne s’en aperçoivent qu’au moment où la performance chute.
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Pourquoi la paille pollue-t-elle presque autant que le foin ?

La paille a longtemps eu la réputation d’être plus saine que les copeaux. Les vétérinaires spécialisés en pneumologie équine la classent pourtant parmi les pires litières pour un cheval sensible : elle libère autant de particules allergisantes que le foin lui-même, selon l’analyse publiée par Equihorse. Une fois inhalées, elles déclenchent une inflammation chronique des voies profondes, connue sous le nom de RAO, obstruction récurrente des voies aériennes, ex-emphysème, dans ses formes sévères, ou d’IAD, maladie inflammatoire des voies aériennes, dans ses formes plus légères. Un cheval touché tousse en début de séance, s’essouffle plus vite et récupère mal après l’effort, des signes souvent attribués à tort à la fatigue ou à l’âge. Distribuer le foin dans un filet, plutôt qu’à même le sol, augmente d’ailleurs sensiblement les concentrations de poussières respirables dans la zone où le cheval respire, selon une synthèse publiée dans Pratique Vétérinaire Équine. Face à une toux qui s’installe, un nébulisateur pour cheval permet d’administrer directement dans les poumons du sérum physiologique ou un bronchodilatateur prescrit, là où un traitement oral agit plus lentement.
Ammoniac : le seuil que le nez détecte trop tard

L’ammoniac naît de la décomposition de l’urine dans une litière humide, un processus qui s’accélère dès que le box reste sale plus de vingt-quatre heures. Les recommandations varient selon les référentiels : l’organisme suisse OSAV fixe la limite à 10 ppm, tandis que d’autres études équestres tolèrent jusqu’à 20 ppm avant de parler d’air dégradé. Le nez humain, lui, ne perçoit généralement l’odeur âcre du gaz qu’à partir de 20 à 30 ppm, un seuil auquel l’air respiré par le cheval dépasse déjà largement le raisonnable, d’après les mesures relayées par Arioneo. Un cheval au repos rejette près de 4 000 litres de vapeur d’eau et environ 3 000 litres de CO2 chaque jour, rien qu’en respirant : un renouvèlement d’air permanent s’impose pour éviter l’accumulation d’humidité et de gaz. Maintenir un taux d’humidité relative sous 70 % limite la prolifération des microorganismes responsables des odeurs et des irritations, une donnée à surveiller particulièrement dans les box mal exposés ou peu aérés en hiver.
Litière et fourrage : les leviers qui changent tout au quotidien

Le choix de la litière pèse directement sur la quantité de particules en suspension. Les copeaux de bois et les granulés de paille génèrent significativement moins de PM10, des particules fines inférieures à dix microns, que la paille de blé classique, d’après la même synthèse de Pratique Vétérinaire Équine. Le foin, lui, reste la première source de poussières et de spores comme Aspergillus fumigatus, un champignon fréquemment retrouvé dans les bottes mal séchées ou stockées dans un lieu humide. Le tremper pendant une dizaine de minutes réduit l’inhalation de particules, mais favorise en contrepartie la prolifération bactérienne et lessive une partie des sucres, selon la Société Hippique Française. Le foin traité à la vapeur, chauffé à 90 degrés pendant dix minutes, offre une alternative qui stérilise la fibre et neutralise une bonne part des allergènes sans les inconvénients du trempage. L’enrubanné ou l’ensilage constituent, pour les chevaux les plus sensibles, une autre piste : de tels fourrages humides libèrent nettement moins de particules respirables que le foin sec, quelle que soit la litière associée. Curer le box chaque jour, retirer le crottin et la litière imbibée d’urine, reste malgré tout le geste le moins coûteux pour freiner la formation d’ammoniac à la source.
Ventiler, surveiller, agir avant que la toux ne s’installe
Une écurie bien pensée laisse l’air circuler à environ 0,1 mètre par seconde, une vitesse suffisante pour évacuer les gaz sans créer de courant d’air désagréable pour les chevaux. Les grandes ouvertures doivent rester dégagées même en hiver, quand la tentation de tout calfeutrer pour garder la chaleur aggrave paradoxalement la concentration en ammoniac et en CO2. La rubrique soins et équipement de horserizon détaille par ailleurs les protocoles de prévention recommandés par les praticiens équins pour les chevaux sensibles des voies respiratoires.

Dans une écurie où plusieurs chevaux partagent le même air, mieux vaut multiplier les vérifications plutôt que se fier à un seul box témoin. D’ailleurs, cliquez ici pour parcourir l’ensemble des ressources, soins et équipements que le site consacre aux cavaliers soucieux de la santé respiratoire de leur monture.
Poussière, ammoniac et moisissures ne font jamais de bruit avant la toux, la baisse de forme ou l’essoufflement précoce. Une litière moins poussiéreuse, un foin trempé ou vapeur-traité et un curage quotidien suffisent souvent à ramener l’air du box sous les seuils qui comptent. Quand la gêne respiratoire persiste malgré de tels ajustements, une consultation vétérinaire reste le réflexe à ne pas repousser. L’air d’une écurie se soigne comme on soigne un cheval : au quotidien, et avant que les symptômes ne s’installent.


